Tentative d’une courte biographie de Marcel Dassault, père de notre MD312.

7 mars 2022 Actualités

Par Pascal, un de nos adhérents.

J’appartiens à cette génération qui rêvait devant les exploits des chevaliers du ciel (en noir et blanc). Pour les gosses que nous étions, voir passer un avion était déjà assez rare, alors imaginez un Mirage avec le son qui va avec bien sûr. Pour info le passage du mur du son était autorisé au-dessus du sol et on entendait parfois le bang caractéristique.

Marcel Dassault étant le papa de cet avion (et de bien d’autres), j’avais une admiration pour cet homme.
Je précise que je ne suis ni historien ni technicien. Je me suis beaucoup servi de Wikipédia et de mes souvenirs pour essayer de faire un récit de la vie d’un homme qui a quand même bien marqué l’histoire de l’aviation française.

Marcel Ferdinand Bloch nait le 22 janvier 1892 à Paris, fils de médecin il est le dernier de 4 frères : Jules, Darius Paul et René (mort en déportation). Il aura une enfance assez aisée et une éducation supérieure.

Pour nos générations qui ont baigné dans le progrès technique, il faut se remettre un peu dans le contexte de cette époque qui voit justement les prémices de cette révolution technologique.


1859 Moteur à explosion

1876 Premier téléphone

1878 Premières lampes à arc électrique

1879 Lampe à incandescence.  La généralisation de l’éclairage électrique (dans les villes) n’arrivera qu’après 1900 et la lampe à huile restera dans beaucoup de foyer même après la première guerre mondiale.

1895 Invention du cinéma

1897 Clément Ader soulève un avion du sol et Rudolf fini la mise au point du moteur Diésel

1903 Sur la plage de Kitty Hawk les frères Wright  réalisent le premier vol dirigé.

Dans son livre « Le Talisman », Marcel parlait d’une mallette d’électricité qu’on lui avait offert (genre petit chimiste version d’époque). Il racontait avoir essayé de faire des enregistrements audio avec un électro-aimant sur une bande de fer (il avoue aussi avoir échoué …).
La chance d’être parisien lui a permis d’assister à quelques-uns des premiers exploits des fous volants. Ceci joint à sa passion de la technique, on ne peut s’étonner de le voir rejoindre l’école d’électricité puis ce qui deviendra Sup-Aéro en 1909. En fait selon Wikipédia, l’école a été créée cette même année.

En 1913, service militaire au groupe aéronautique de Reims puis à Meudon en 1914 où il travaille sur l’amélioration des avions Caudron G3, notamment sur les hélices qui avaient un rendement médiocre. A ses moments perdus, il travaille sur le dessin d’une hélice. Pour la fabriquer, il est  aidé par le père d’un de ses amis qui est ébéniste. Rejoint par Henry Potez, ils créent l’hélice Eclair qui équipera entre autres les fameux Spad redonnant la suprématie aérienne aux alliés. L’hélice Eclair est une des premières à être fabriquée industriellement ; l’ébéniste possédant une machine à répliquer.

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A la fin de la guerre les commandes baissent, Marcel vend ses parts à Henry Potez et quitte l’aviation.

Il change complètement d’orientation pour se lancer dans le commerce de meubles et d’automobiles. Un intermède d’une douzaine d’années qui prendra fin en 1928 quand Raymond Poincaré instaure un ministère de l’air, ce qui lui permet de reprendre pied dans la construction aéronautique avec une première commande de 20 avions. C’est la création de la compagnie des avions Marcel Bloch. Pour une commande plus importante de bombardiers bimoteurs il en sous traite une partie à son ami Potez et l’usine s’installe à Courbevoie.

Cette période ne durera pas bien longtemps puisqu’en 1936 le gouvernement du Front Populaire nationalise la société pour l’incorporer à la société aéronautique du Sud Ouest. La société possédait des usines à Bordeaux et Rochefort
Il est nommé administrateur et avec l’indemnisation de nationalisation, il fonde un bureau d’étude qui aura pour principal client la SNCASO. Ce BE génère de confortables droits de licence, confirmant aussi ses compétences de créateur et dirigeant d’entreprise … Cette situation lucrative va lui valoir les foudres de la presse d’extrême droite, d’autant plus que la course aux armements d’avant-guerre va enfler les commandes. Ainsi la SNCASO va ouvrir une usine à Châteauroux pendant que Marcel Bloch ouvre une usine à Thiers puis crée « Bordeaux Aéronautique un peu avant la guerre. Pour mettre fin aux attaques que lui valent cette double casquette, il démissionne de la SNCASO.

Signalons les MB 151 et 152 qui ont pris part à la bataille de France et le MB 174 utilisé pour la reconnaissance piloté notamment par Saint Exupéry. On a tendance à minimiser le rôle de l’aviation tricolore lors de cette bataille et si nos avions ont très mal été utilisés par nos autorités militaires, les Allemands auront quand même perdu environ 600 avions* qui leur manqueront cruellement durant la bataille d’Angleterre

Après la défaite il se retire dans sa villa de Cannes mais la presse d’extrême droite (et collabo) ne se calme pas et les attaques contre « le juif  Bloch » reprennent de plus belle.

Première arrestation en 1940, d’abord en Indre puis en Ardèche. Il est libéré et assigné à résidence à Thiers (là où il possédait une usine en construction) mais la presse se déchaîne à nouveau lui reprochant ses contrats de licences. Il est donc arrêté et incarcéré à Thiers, libéré sous caution et aussitôt arrêté. Il finit à l’hôpital carcéral d’Ecully jusqu’en 1944. Pendant cette incarcération le commissariat aux questions juives s’occupe de son cas. Cependant certains amis arrivent à ralentir le processus d’aryanisation de ses usines, ce qui n’empêche pas les occupants de nommer un administrateur aux ordres. Il fait un séjour à la prison de Montluc à Lyon avant de finir à Drancy pour être déporté avec sa famille à Buchenwald en août 1944. Il ne porte pas l’étoile jaune mais le triangle rouge des prisonniers politiques et l’organisation communiste clandestine du camp arrivera à lui épargner les « Komandos » les plus durs.

Par la suite, il s’en souviendra et versera régulièrement de l’argent au journal du parti communiste « L’Humanité ».

En 1946 la famille Bloch change de nom pour devenir Bloch Dassault puis tout simplement Dassault, tiré du nom de code « Chardasso – char d’assaut » de son frère général dans la résistance.

On ne se rend pas bien compte de l’état du pays au sortir de la guerre, la plupart des usines étaient détruites (du moins au nord de la Loire), beaucoup de machines avaient été emportées en Allemagne et je ne parle pas du réseau ferré (le réseau routier n’avait pas encore l’importance actuelle)…

Le plan Marshall va bien nous aider à reconstruire et l’industrie aéronautique va également en profiter. Marcel Dassault va ainsi créer sa société avec la plus grande partie de ses anciens ingénieurs. C’est le début d’une légende qui unit intimement l’histoire de Marcel Dassault et celle de l’aviation d’après-guerre.

Je cite en vrac Ouragan, Mystère II, Mystère IV, puis Super Mystère B II qui passait le mur du son (Les chevaliers du ciel danger dans le ciel sur la base de Creil) et bien sûr la famille des Mirages dont le III et le IV.

Conjointement avec l’allemand Dornier il crée l’Alpha Jet et avec British Aircraft Corporation le Jaguar.

Parmi ses anciens ingénieurs on peut citer les frères Déplante Henri (héros de guerre) et Paul qui fut un des pères du  MD 312 Flamant, précurseur de la gamme Falcon, dont un exemplaire est aux Ailes Anciennes de Corbas.

La construction aéronautique étant une industrie de pointe, on ne s’étonnera pas de voir les avionneurs parmi les premiers à utiliser la CAO « conception assistée par ordinateur ». Il sera ainsi créé par Dassault Systèmes un logiciel permettant de simuler la position d’un mécanicien dans un appareil pour y effectuer des réparations.

Pour le clin d’œil, ce logiciel de CAO nous aurait bien été utile pour accéder à certaines parties des carters moteurs par exemple… 😉

Electronique Marcel Dassault finira dans le groupe Thomson CSF devenu Safran.
En 1981 la gauche arrive au pouvoir avec François Mitterrand et son programme de nationalisation. Marcel y échappe en faisant don de 26% de ses actions à l’état.

Il a aussi créé le journal « Jour de France » que je lisais dans la salle d’attente du médecin. C’est dans cet hebdo que j’ai lu quelques épisodes de son autobiographie « Le talisman ».

Côté politique, Gaulliste convaincu il a été sénateur des Alpes maritimes puis député de l’Oise.

Marcel est mort en 1986 à 94 ans mais aura eu le temps de voir la première présentation officielle du Rafale en 1985.

 Avec Latécoère, Bréguet, Voisin et bien d’autres il fait partie de l’histoire française de la construction aéronautique.

Il a inspiré Hergé pour le personnage de Laszlo Careidas  richissime constructeur d’avion dans Vol 747 pour Sydney.
On peut voir une parodie de Marcel, capitaine d’industrie propriétaire d’un journal, dans « Le jouet » avec Pierre Richard.

* Le nombre de victoires françaises est toujours sujet à caution,  et ce chiffre est une estimation. On est malgré tout loin des mille victoires revendiquées juste après la guerre.